Dans son environnement professionnel, Benoît Ab-der-Halden côtoie, sur cinq cents hectares et son regroupement de domaines privés provençaux, plusieurs types de viticulture : durable, bio et biodynamie.

Président de Terra Vitis Rhône Méditerranée, il se plait à rappeler le coût pour la collectivité de l’association Terra Vitis : 0 €. Un avis autorisé.

Terra Vitis se veut le chantre de la Responsabilité sociale et environnementale mais comment l’identifier pour le consommateur ?

Les attentes dans ce domaine sont fortes de la part des consommateurs envers les viticulteurs. La sécurité, la santé, l’hygiène et l’environnement sont au cœur de nos préoccupations.

Nous menons actuellement en Rhône Méditerranée un projet pilote sur dix-huit exploitations afin de tester la démarche RSE et de voir les évolutions à apporter au cahier des charges Terra Vitis pour être pleinement inscrit dans la démarche.

Le marché le réclame ?

Les demandes sont différentes selon les marchés. Sur les marchés anglo-saxons et nord européens, il faut parler normes ISO pour se faire comprendre des acheteurs. TERRA VITIS est reconnu sur les marchés des monopoles nordiques et SAQ

Dans l’hexagone, les normes ISO sont moins suivies au profit de normes HVE, agriculture biologique ou de filière type viticulture durable (TERRA VITIS).

Ceci étant, la pression sociétale évolue et la presse a fait son travail notamment sur les CMR (produits Cancérigène, Mutagène et Reprotoxique). Le consommateur est en quête de vins sains ayant une garantie de traçabilité.

Avec la profusion des sigles, le consommateur est perdu.

Il faut entrer dans le contenu des cahiers des charges pour comprendre les sigles ce qui n’est pas simple.

Les vins biologiques sont très demandés, car ayant bénéficiés d’une forte mise en avant collective. Ils n’ont pas besoin d’expliquer leur cahier des charges auprès des consommateurs. Alors même que pour satisfaire la demande, l’Europe semble prête à autoriser un pourcentage de vin non bio dans le vin bio, comme pour les autres aliments bio !!! Se pose aussi la question du cuivre qui est un métal lourd, et de la viabilité des entreprises en bio notamment avec des pressions mildiou et/ou oïdium qui deviennent problématiques. Il ne faut pas oublier que l’agriculture biologique est un label produit et non une certification d’entreprise. Donc à ce titre, il y a moins d’exigences.

TERRA VITIS garantie par son cahier des charges techniques un respect de l’Homme, de l’environnement et des vins. Nous n’avons aucune impasse technique dans notre cahier des charges, ce qui nous permet d’assurer la viabilité économique de nos entreprises. Notre cahier des charges est en constante évolution en fonction des avancées techniques, et des attentes sociétales.

Pour en revenir aux sigles, il y aurait un moyen de simplifier les sigles, en autorisant les équivalences entre les certifications environnementales exigeantes et la Haute Valeur Environnementale. Pourquoi créer un sigle de plus (HVE) au frais de la collectivité, lorsque les vignerons font aussi bien sans argent public ?

Et les évolutions de produits ?

Sur le cuivre, il est certain que les pays nordiques vont revenir à la charge pour réduire les doses. Sur le sujet, Demeter et Biodyvin ont fait le travail. Sur l’état actuel des doses autorisées nous sommes à un maximum de 4 kg/ha depuis bon nombre d’années chez TERRA VITIS.

Nous essayons de ne pas baser tous nos programmes de traitements sur le cuivre, afin de limiter notre empreinte carbone et le tassement de nos sols. Pour l’oïdium, le soufre fonctionne bien.

Le biocontrôle amène des solutions, le sujet n’existait pas il y a peu. Je pense que toutes les grandes firmes vont aller vers le biocontôle et les molécules les plus anciennes vont être supprimées à court terme.

Le Ministère de l’Agriculture joue son rôle en augmentant les taxes de 80 % sur les produits les plus dangereux (cuivre, CMR…).

Croyez-moi, cela bouge dans la viticulture. Nous avons largement fait évoluer la profession ces vingt dernières années.

L’état de sols, un sujet préoccupant ?

Nous nous adaptons d’année en année avec l’interdiction des désherbants sauf sous le rang de vigne pour lutter contre le liseron et le chiendent qui font concurrence à la vigne.

En agriculture durable, la première règle est de limiter le labour des sols. Nous utilisons de plus en plus d’engrais verts et de plus en plus de composts organiques.

Au final, plus les sols sont riches en matière organique, plus ils contiennent de l’eau par le phénomène d’éponge de la matière organique. C’est un moyen de limiter les effets de la sécheresse.