Je vais sur ce millésime 2020 vous entraîner sur les chemins passionnants de la connaissance du terroir au travers de mes sélections et formations. Comme le colibri je ferai ma part, un challenge loin d’être désagréable. J’ai choisi pour cette première chronique de l’année de jeter un regard sur le marché des vins alternatifs ou non conventionnels : bio, biodynamie, nature, etc…

La demande sociétale est telle que certains acheteurs estiment que la présence d’un label quel qu’il soit est devenu indispensable pour séduire le consommateur, une porte ouverte à la profusion de sigles plus ou moins officiels, plus ou moins contrôlés.

Dans Vitisphère, interrogé sur un Salon professionnel, Stéphane Gauté, responsable pour le verrier Saver Glass, résume le sentiment général « La montée en gamme des vins est également un sujet récurrent. La crise viticole actuelle pousse nos clients à se poser beaucoup de questions sur leurs marchés. Il y a une prise de conscience sur ce que souhaite le consommateur. Il s’agit d’une question de survie, le business model de masse est en train de disparaître ».

Dès la fin des années quatre-vingt les grandes étiquettes bordelaises ont « flambé », puis les plus réputés des terroirs bourguignons ont suivi la demande, les grands crus de la Vallée du Rhône et quelques vignerons des régions eurent accès à cette médiatisation. Une collection de vins natures, récemment dispersée aux enchères a également vu certains domaines, inconnus du grand public, susciter un vif intérêt et rejoindre les prix de ces crus évoqués ci-dessus.

Faut-il en conclure à l’émergence d’une nouvelle hiérarchie liée au mode de culture et au respect de la nature ?

Des « paysans » devenus stars

Il suffit de se pencher sur le parcours de ces vignerons natures pour constater que leurs intentions initiales et actuelles ne cadrent pas avec la conséquence de leurs choix : la spéculation sur leurs propres cuvées. Le Domaine Richard Leroy à Rablay-sur-Layon, a atteint 182 € avec « Les Noëls de Montbenault ». Les historiques des dégustations que j’organise, se souviennent certainement de ce jeune cadre d’une banque, passionné, pilier de la formation oenophile parisienne, tournant la page au début des années 1990 pour rejoindre Rablay-sur-Layon avec la complicité et l’aide de Joël et Christine Ménard du Domaine des Sablonettes. Il fait aujourd’hui, avec d’autres vignerons du cru, école sur le chenin et plus largement sur une certaine idée du vin ligérien.

L’on ne présente plus Pierre Overnoy dans le Jura, un vigneron hors-normes. Vers 1964, il voit arriver les désherbants chimiques et pressent intuitivement leur rôle néfaste à long terme sur les sols et sur les levures naturelles. Conscient de la grande potentialité de ses terroirs, il se met en quête de vins purs et vivants donnant l’expression la plus authentique de ses terroirs. Une réputation qu’il n’a pas sollicité « Pourquoi cette espèce de renommée, de mythe à mon égard ? Je ne sais pas, parce qu’il n’y a pas de raison » (1).

Tous ces « paysans » dans l’âme ont fait des choix forts contre les esprits chagrins, contre les ayatollahs de l’industrialisation du vignoble dans les AOC et ont construit leur chemin avec pour postulat le respect de la nature mettant en œuvre des pratiques de bon sens et de respect de leur terroir, donc celui du consommateur et des générations futures.

La presse professionnelle s’ouvre désormais largement à ces itinéraires en apportant souvent des informations très documentées.

Dans un très bel article de la Revue des Oenologues, Hervé Coves, Ingénieur agronome, aborde la vie microbienne des sols, du rôle des plantes compagnes, des arbres en affirmant que la qualité sanitaire de ses vignes dépend de la richesse biologique des alentours.

Dans Réussir Vigne, un très gros dossier sur le Vitipastoralisme réhabilite cette pratique de présence d’animaux dans les vignes comme alternative au désherbage chimique pour éviter, entre autres, les interventions mécaniques facteurs de tassement des sols.

Deux itinéraires vont continuer à cohabiter. Certains au chai construiront avec une panoplie élargie des jus plus ou moins enrichis en additifs et auxiliaires de vinification. À l’opposé des vignerons ambitieux vont retrouver les goûts du terroir en accompagnant ce renouveau de leur propre interprétation, des connaissances nouvelles. Un monde infiniment plus vaste et subtil et, aussi, un service à la nature.

Vous le savez, j’ai clairement opté pour la seconde voie.