Invisible dans la presse spécialisée, très récompensé dans les différents concours, ce vigneron de Panzoult a longtemps œuvré au sein des instances locales, tout en faisant progresser son domaine. À Chinon, la parcellisation est à l’ordre du jour. Elle se pratique déjà au domaine.

En Loire, le débat reste vif entre les différents modes de conduite du vignoble. Charles Pain vient à point nommé rappeler la progression du vignoble par un travail de culture de la vigne, en Terra Vitis. Sur les millésimes 2018, 2019 et 2020 la hausse des températures a sans doute eu un effet bénéfique sur l’amélioration de la maturité des raisins, plus sûrement le travail de fond au vignoble, la typicité recherchée via une vinification et un élevage sans sulfites et sous azote, font de ce domaine une valeur sûre de l’appellation.

Et les prix restent sages pour l’amateur…

Après trente millésimes et la construction d’une gamme, quels éléments déterminants dans l’évolution de votre vignoble ?

Quand j’ai repris le domaine familial en 1987, les sols étaient en excédent de cuivre, à la limite de la possibilité de culture de la vigne comme l’avais souligné Jacques Puisais. Globalement, sur Chinon de 1980 à 1995 tous les vins se ressemblaient car les sols n’étaient plus vivants.

Il nous a fallu dix années pour retrouver une structure dans nos sols, en travaillant avec des fumures d’origine animale (vache, cheval, poule) ou de cultures de champignons à l’ancienne.

Le domaine en 1987 se composait de huit hectares de vignes sur des terrasses de rivière, correspondant parfaitement à la cuvée « Domaine », la « Prestige », lui, provenant de bas de coteaux. Aujourd’hui, nous avons cinquante hectares de vignobles avec cinq cuvées différentes et bientôt une sixième.

Nous effectuons entre douze et quinze analyses de sols chaque année et nous corrigeons uniquement les éléments manquants avec des matières organiques.

Aujourd’hui, nous disposons de quinze salariés, la condition nécessaire pour faire un travail de fond sur tous les terroirs. Ces personnes nous ont été bien utiles sur cette année où, à neuf reprises, ils se sont levés à trois heures du matin pour faire face au gel en mettant en œuvre les différents systèmes de protection.

Commençons par la Cuvée « Domaine »…

C’est une cuvée de 100 000 bouteilles sur des vendanges terroir par terroir, isolés dans des cuvées de 100 hectolitres en ciment, construites de mes propres mains. Nous avions fabriqué un moule pour nos quarante cuves en ayant à l’esprit ce qui existait à Saint-Émilion au Château Cheval Blanc. Si c’était bon pour Cheval Blanc le serait également pour le Domaine.

Nous cherchons à disposer de tanins suffisamment arrondis pour une mise en bouteille après dix mois d’élevage en cuve béton non revêtue.

Tous nos élevages s’effectuent sous protection azotée et sans sulfites, nous incorporons seulement ente 15 et 20 mg à la mise en bouteille. Le soufre durcit les vins et nous souhaitons le diminuer. En 1988, nous débutions, et nous avons procédé à la mise en bouteille par un prestataire. Le vin ne s’en est jamais remis.

Trop de sulfites à la mise, désormais nous effectuons le conditionnement pas nos soins. La leçon fut retenue.

La cuvée « Domaine » reste emblématique même si nous élaborons un vin sur le fruit avec la cuvée sans sulfites « Le Pain aux Raisins ». Nous sortons le marc avant la fin des vinifications alcooliques, c’est une autre démarche que de céder à la thermo-vinification…

Nous avons également un rosé historique de saignée représentant 15 à 20 % de la production totale.

Le volume de la Cuvée Prestige fluctue selon la qualité du millésime ?

En effet, selon les millésimes nous en élaborant entre 30 et 60 000 bouteilles. En 2013, seulement 15 % de la production totale du Domaine. L’élevage en fûts nous permet d’arrondir les vins sans les marquer, l’élevage plus ambitieux de Haute-Borne et Château de Naie rejaillit sur cette cuvée qui bénéficie de bois plus sélectionnés.

Avec Haute-Borne on aborde le parcellaire à Chinon

Nous identifions l’exposition idéale pour le rouge sur ce terroir de terrasses calcaires sur ce site très ventilé, avec, pour l’anecdote, une vue sur six clochers. Le blanc à base de chenin, lui, est planté sur le versant sud. Nous produisons sur ce terroir du blanc en Chenin et du rouge à hauteur de 20 000 bouteilles.

Il a également fallu un travail important pour extirper 200 tonnes de pierres sèches à la main !!!

Le Chenin demande de beaux terroirs et nous avons, en 2000, replanté des coteaux exposés plein sud.

Le cépage avait quasiment disparu à Chinon, il restait 18 hectares en 1990. Aujourd‘hui nous sommes revenus à 95 hectares sur l’appellation.

Nous vendangeons le chenin en deux ou trois tries, manuellement. C’est un blanc qui titre de 13 à 14 degrés d’alcool selon les millésimes. Nous vinifions et élevons en barriques, dont 30 % neuves.

Et Château de Naie ?

Nous avons été abordés dans le cadre d’une succession pour ces quatre hectares de vignes qui nous intéressaient. Nous avons retravaillé les vignes en 2002 et, en 2007, nous nous sommes aperçus qu’il ne pouvait pas s’intégrer dans la Cuvée Prestige. C’était trop puissant et il fallait envisager, le raisin étant là par le terroir, un passage en barriques. Je ne supporte pas les élevages marquants, d’ailleurs par le passé les tonneliers chinonais ne chauffaient pas les bois. Je me suis rapproché d’un technicien de l’élevage et, par son intermédiaire, d’un tonnelier bourguignon sur des barriques de 228 litres non toastées.

Cette cuvée est réservée aux grands millésimes pour une production entre 5 000 et 6 000 bouteilles.

La prochaine évolution sera avec la « Cuvée Liza » avec une fermentation intégrale en barrique avec rotation. C’est pour l’an prochain.