À l’approche de l’été, l’envie de consommation simple et décontractée remet en débat le rosé. Très consommé en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, le rosé, avec 34 % des volumes de vins tranquilles en France est surreprésenté dans la consommation de vins tranquilles.

Pourtant les puristes rechignent à le déguster, les plus critiques ne le considèrent pas comme un vin, la mode du « rosé piscine » ne le valorise pas. La couleur toujours plus claire, les nez souvent techniques, le potentiel d’évolution souvent très, trop rapide le desservent.

Et pourtant !

Champions du monde du rosé…

La France et les États-Unis représentent à eux deux plus de la moitié des consommations mondiales de rosés, les USA en concentrant 15 %. En termes de consommation annuelle de rosé par habitant, la France arrive première avec 15,1 litres.

Cette incontestable réussite économique s’est accompagnée d’une recherche technologique amenant à une image de vin hautement standardisé, valorisé par les marques, la réputation de l’AOC, la publicité et la présence en linéaire. L’exemple de l’interprofession provençale passant à 280 000 euros son budget d’actions dans les linéaires, afin de soutenir le réseau commercial le plus dynamique en cette période de crise sanitaire est révélateur. Financement de journée d’animation, de campagnes d’affichage, présence dans certaines enseignes de frigos siglés CIVP (Comité interprofessionnel des Vins de Provence) accompagnent le repositionnement hexagonal.

La typicité ne résiste pas à l’exigence de volumes

La demande de la Grande Distribution exige des volumes d’où l’importance du négoce provençal, passage obligé pour être référencé. De belles parcelles, de vraies typicités n’émergent pas et ne correspondent pas au profil et au volume recherché.

Dans sa dernière parution, la Revue du Vin de France présente un dossier dans lequel la majorité des cuvées retenues ne dépassent les 20 000 bouteilles en volume. Malgré la haute technicité, les investissements en corrections œnologiques, la mise en commun de cuvées faibles non identitaires ne permet pas l’émergence d’une vraie typicité. L’étiquette peut séduire, voire enthousiasmer, le nez développer des arômes exogènes présents à la sortie de l’hiver, fugaces au printemps, évanouis l’été, ces vins sont incapables de proposer une structure séveuse, riche, veloutée, profonde.

Rosé « piscine » ou de gastronomie ?

Les différentes parutions attribuent les notions qualitatives au travail respectueux de l’environnement, de vin biologique à vin biodynamique, à la sélection soigneuse de parcelles, à des assemblages précis, à une vinification soignée mais non dominée par la technique. Je pense que le temps de l’élevage est également important, aussi je ne goûte généralement pas avant la fin juin les rosés du millésime précédent.

Sur cette année particulière, je vais organiser une petite série avec le Bellet du Clos Saint-Vincent, la Cuvée du Loup du Jas d’Esclans. Le travail de fond de François Miglio sur sa cuvée Silice 2019 explose en bouteille sur cette période, la cuvée Cardanès du Clos de Vènes se présente à un niveau exceptionnel sur ce premier millésime.

Nul besoin de jeter l’opprobre ou de couvrir de sarcasmes les vins enfermés dans d’autres circuits. Souhaitons à la Provence, au rosé en général de construire sa hiérarchie par la reconquête du terroir.