Deux informations en ce milieu de juillet ont retenu mon attention. Dans sa dernière parution la Revue du Vin de France revient sur le déclin de l’INAO et étaie ses critiques par un long article sur les vignerons ayant quitté les appellations, sujet en passe de devenir un « marronnier ».

À Bordeaux, les deux crus classés A, Ausone et Cheval Blanc n’avaient pas rendu leur copie de dépôt de candidature au nouveau classement de Saint-Emilion. Depuis 1954, date du premier classement, Ausone et Cheval Blanc formaient le duo de référence de cette appellation, rejoints il y a un peu moins de dix ans par Angelus et Pavie. Aucun lien évident entre les deux informations. Et pourtant…

La France ne manque pas de talents pour proposer des signes de qualité, AOP, IGP, Bio, HVE… on ne compte plus les engagements livrés au marché avec d’un côté les « prisonniers » des grands metteurs en marché et, à l’opposé, une valorisation, voire une spéculation sur des terroirs ou domaines ayant vu se déverser beaucoup d’argent, souvent de nouveaux venus en viticulture apportant les outils de valorisation par le marketing et le digital.

L’abandon de la réforme des AOC de 2006

De nombreux articles vont fleurir sur la sortie des deux domaines du classement de Saint-Émilion. Dans Vitisphère Alexandre Abellan replace l’évènement « Une émancipation sur fond de tension judiciaires et médiatiques ».

Par le passé, tous les classements ont fait l’objet de recours et procédures. L’accession de Mouton-Rothschild au rang de premier cru classé du Médoc, les soubresauts du classement des crus Bourgeois du Médoc ont connu leurs rebondissements.

L’INAO, appelé à la rescousse, sous le feu des critiques, gère des démarches différentes. À Bordeaux on a classé la marque, en Bourgogne le terroir au centiare près, en Champagne l’échelle des crus sert de référence aux transactions, en Alsace les appellations se revendiquent par cépage. La liste est longue, les sujets difficiles à arbitrer ce qui ne dédouane pas les responsabilités de l’Institut que la RVF feint d’ignorer en plaçant sur le même plan la volonté de réformer de René Renou et l’enterrement de première classe de ses successeurs d’une réforme pourtant adoptée les 01 et 02 juin 2006 par le Comité National de l’INAO.

René Renou estimait dans cette même revue (N° 482 – Juin 2004) à 25 % les AOC pouvant accéder au niveau d’excellence dans la segmentation proposée. En lieu et place d’une clarification dans les appellations, les techniques et apports exogènes, nouvelles pratiques et analyses œnologiques autorisées par l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin) se sont généralisées rendant illisible ce label.

Le véritable scandale se situe dans l’abandon de cette réforme ouvrant la place à une « industrialisation » et à la présence dans certains circuits de vins d’une structure aromatique affligeante. À Saint-Émilion que les domaines soient classés A ou B, sortent ou non du classement, ils continueront de rayonner, essentiellement à l’export, malheureusement à des prix non accessibles au marché hexagonal.

Ne pas candidater au classement pour un Château de Saint-Emilion, c’est un peu comme renoncer aux étoiles pour un grand restaurant considérant le contenu de l’assiette plus important que l’apparat. C’est annoncer qu’on préfère se concentrer sur la viticulture, la vinification et un peu moins sur ses followers.

Il est temps de démontrer que le vin est avant tout une histoire de raisin cultivé avec soin sur des terroirs sélectionnés et choyés au fil des siècles. Hiérarchiser les terroirs, s’interroger sur les facteurs de progrès dans les vignes, cela devrait animer chaque aire d’appellation pour progresser collectivement. Le classement à Saint-Émilion y répond en partie et pourrait inspirer même « amputé » de ses fleurons.