Bordeaux se trouve confronté à une crise majeure, trouvant son origine dans les décisions laxistes des dernières décennies avec, notamment, l’irruption, tolérée par l’INAO, de techniques et pratiques désastreuses pour le goût. En un peu moins de trois décennies, la région a perdu beaucoup de son crédit auprès de l’amateur de vin (1).

Pour expliquer le désamour du consommateur à l’égard de la région, on peut pointer au premier rang la qualité intrinsèque de l’offre. Il est relativement aisé de trouver de bons voire de très bons vins de cépage(s) bordelais, en IGP ou en Vin de France ou Vins du Nouveau Monde, pourquoi se hasarder à acheter l’une de ces bouteilles d’AOP Bordeaux et Bordeaux Supérieur toutes présentées comme “Château de …” alors qu’il n’y a aucune garantie de satisfaction à la clé au regard des prix pratiqués voire même de plaisir supérieur à la dégustation comparé à ces vins de cépage(s) ?

L’offre bordelaise est désormais trop standard, uniforme, difficile de “tomber” sur un vin avec une singularité de terroir (essence même de l’idée AOP, non ?). Une extraordinaire destruction d’une marque engagée et managée par les instances professionnelles !!!

Après cette introduction tranchée, vous comprendrez que mes sélections sur cette région soient rares. Manoir du Gravoux en Castillon-Côtes de Bordeaux  fait partie avec « À La Vie de Château Guibeau en Puisseguin Saint-Émilion ».

Il me reste donc trois doigts de libre sur ma première main…

Philippe et Séverine Emile conduisent leur domaine depuis des décennies à contre-courant de la majorité des Bordeaux de la région. Le domaine, vingt-cinq hectares, commercialise une partie de sa production auprès de deux négoces qualitatifs pour l’export, conservant pour sa propre marque une partie non négligeable de la production. Une petite entreprise qui ne connait pas la crise… bordelaise.

Ces choix d’ambition pour le produit se déterminent à des moments précis notamment les techniques de vinification. Là où un matériel comme la thermo-vinification va permettre de « valoriser » des vendanges très altérées, sauvant jusqu’à la moitié des raisins, les vignerons vertueux font pratiquer des tris sévères à la vigne et à la réception de la vendange avec l’acquisition du matériel permettant en douceur, par densité, d’éliminer toutes les parties altérées éliminant ainsi tous les faux goûts.

Sur la calculette ou le tableur Excel, ce ne sont pas les mêmes chiffres qui s’affichent. La typicité se trouve ou détruite, ou valorisée mais les financiers sont probablement de piètres gastronomes…

Un domaine ancré dans l’histoire

Philippe et Séverine exploitent cette propriété en fermage depuis 1997. Ils ont commencé la commercialisation de leur production avec le nom de “Château Manoir du Gravoux”, une vieille bâtisse Médiévale du 14éme siècle située au sommet d’un vallon sur l’un des meilleurs terroirs des Castillon Côtes de Bordeaux.

Les différentes zones du vallon constituent l’ensemble du vignoble, hiérarchisé en fonctions des années de plantation et des différentes expositions. Les conditions naturelles idéales (sol argilo-calcaire côtes sud, drainage naturel) et des travaux ambitieux au vignoble permettent d’obtenir un raisin à la maturité parfaite, récolté selon le rythme de chaque parcelle. Vinifié avec précision, en recourant à des extractions mesurées qui permettent d’obtenir un grand vin, au fruit éclatant, à la chair suave et aux tannins racés.

En 2002, ils décident de créer une nouvelle cuvée Château Manoir du Gravoux “Cuvée La Violette (2)” pour imager l’arôme de merlot mûr « Cette note couronne les plus grands vins rouges du Monde » rappelle Jean Lenoir dans son Nez du Vin. Et d’ajouter, excusez du peu « Elle est la récompense que seule une terre bénie du ciel peut produire. Romanée-Conti, Lafite Rotschild, Diamond Creek, Musigny, La Mouline partagent cette distinction qui les place parmi les plus recherchés du monde ».

Avant de pouvoir installer ces crus au sommet de la hiérarchie mondiale, il y a d’abord eu en Bourgogne des Moines cisterciens, là un Marcel Guigal en Côte-Rôtie. Sans ambition de l’homme le terroir demeure inconnu.

En 2007, la dernière cuvée se nomme “Le Secret du Manoir” élaborée sur une vieille parcelle d’un hectare datant de 1958. 100% Merlot plantée sur le plateau Argilo Calcaire très favorable à l’élaboration d’un vin charnu, fruité, et chargé de caractère.

(1). https://marcmiannay-conseil.fr/qui-veut-la-peau-du-petit-bordeaux/

(2) S’il est facile de dire que le nez d’un vin est floral, il est plus difficile d’évoquer la fleur évoquée>. Tous les parfums de violette ont pour base l’alpha-ionone.