À Chavignol, petit village vigneron, lorsque l’on déambule dans les sentiers parcourant le vignoble, de longue date, on peut rencontrer des Delaporte, ce qui fut mon cas au milieu des années 1990 croisant un vigneron du cru respirant le soir d’été dans ses vignes, attentif, contemplatif. Mais, je n’avais jamais franchi les portes du chai.

C’est Luc Prieur qui m’a proposé de rencontrer son ami Matthieu au tout début de la reprise de leurs domaines respectifs. Luc faisait face à une forte demande, notamment des marchés étrangers. Il avait sans doute participé à la réalisation des palettes partant en direction des clubs de dégustation et connaissait de longue date la clientèle particulière du Domaine : « Je vais réaliser de gros investissements au domaine dans les vignes, dans la parcellisation, dans du matériel pour éviter la chimie dans les vignes et fidéliser le personnel au domaine. Mon prix de revient va monter et toute ma clientèle particulière ne suivra pas. Je vais te présenter des petits domaines qui pourront te convenir. ».

Nous voici donc à Chavignol à la rencontre de Matthieu sur ses premières vinifications et des élevages ambitieux en barriques et demi-muids du tonnelier autrichien Stockinger. Sur cette journée, partagée avec mon ami Jean-Luc, deux choses nous avaient frappé dont la vision claire du niveau de qualité auquel ils souhaitaient amener leurs domaines respectifs. À Verdigny, à la première rencontre avec les « petites mains » du vignoble on devine le respect des hommes de cinquante ans pour le jeune responsable du domaine, leur envie de s’investir pour trouver des solutions, ne rechignant pas devant les travaux physiques nouveaux pour apporter plus de vie au vignoble.

À Chavignol, Matthieu nous présentait son parc à barriques, les travaux déjà entrepris pendant que ses ainés, récemment retraités s’affairaient à fignoler le carrelage du chai l’œil admiratif et rieur sur le dynamisme et les envies de Matthieu.

J’aurai aimé vous présenter plus tôt ce domaine mais je voulais que ce soit en bonne intelligence commerciale entre les deux amis.

L’autre raison était un élevage encore dépendant de la jeunesse des barriques du tonnelier autrichien. Quatre ans ont passé et l’équilibre est aujourd’hui arrivé entre son parc à barriques impeccablement soigné et l’évolution des raisins.

Une gamme cohérente et lisible

La construction de sa gamme se fait sur trois niveaux : Chavignol (un rouge, un blanc, un rosé), Silex (un blanc, un rouge – ce qui est rare), Monts Damnés (blanc) et Cul de Beaujeu (rouge).

En vinification et élevage, après les premiers investissements de fûts neufs, Matthieu a cessé d’acheter des fûts neufs pour gommer l’effet boisé, réduire de moitié les doses de soufre et oublier les levures sélectionnées, pour laisser les vins fermenter de leur propre chef.

Ce que ses vins perdent en tension, ils le gagnent en énergie et en originalité.