Dans le petit monde des rosés, comme pour d’autres couleurs et appellations, se cotoient les vraceurs et les vignerons indépendants avec des palettes aromatiques fort différentes et, souvent, l’étonnement de voir les vins les plus fins, les plus concentrés écartés, pour d’obscures raisons, de l’agrément, certificat final d’accession à l’AOC.

Les pressions du marché dominent, pour preuve une étude récente du CIVP (Comité Interprofessionnel des Vins de Provence), dans son rôle pour analyser le marché, et dont les conclusions sont détournées par des acteurs favorables à ne plus indiquer le millésime sur l’étiquette. Le titre de l’article « Le millésime, un concept daté ? », rappelle également le contexte imposé « les acheteurs que ce soit ceux de la grande distribution ou de la restauration ainsi que les cavistes exigent le nouveau millésime dès sa sortie. Dès le mois de mars ils ne veulent plus entendre parler du précédent ». Des nouveaux opérateurs importants ont pour la première fois mis en marché des cuvées ne revendiquant aucun millésime.

À partir des données collectées auprès des vignerons de haut niveau élaborant des cuvées denses, la calendrier imposé par les metteurs en marché ne permet pas la maturité du produit, il oblige à accélérer des processus naturels. Respect d’un planning et recherche d’une couleur pâle ne font pas typicité, fraîcheur et longueur en bouche.

Avec une facilité déconcertante, l’irrigation s’est rapidement invitée dans les appellations provençales. De nouveaux cépages sont à l’étude pour entrer dans l’appellation (1) deux provençaux et cinq étrangers. Nouvel élu dans l’appellation ; le rousseli, cépage provençal, a été écarté à une époque d’avant réchauffement climatique pour sa couleur claire et ses faibles degrés. Aujourd’hui ces défauts sont devenus des atouts.

Le manque de fraîcheur et d’expression aromatique pousse également à l’intégration de plus en plus de cépages blancs (Rolle, sauvignon, colombard) en association aux raisins rouges dans l’assemblage dès la vendange (2) pour compenser, avec un apport en composés thiolés boostant les arômes, le manque d’expression de raisins conduits avec des rendements élevés, un manque d’enracinement des racines devenant ainsi plus sensible à la sécheresse. Corrigeons, corrigeons, le marketing fera le reste.

Dans mon approche, je souhaite dissocier les évolutions dépendant du marché de celles imposées par le réchauffement climatique (3) s’imposant à tous dans une région frappée par le gel d’avril, sur certaines zones, épargnée par le mildiou à contrario de l’Alsace ou de la Champagne, exposée aux incendies de végétations à l’identique de celle frappant le Languedoc, tous éléments venant nous rappeler la dépendance de la viticulture aux aléas de la nature.

Pourquoi ne pas afficher ses pratiques qualitatives ?

Une association s’est crée pour défendre la notion de « Rosés de Terroir », comme d’autres se sont créées dans les années 1990 (Renaissance des Appellations) et ont cotoyé les AOC sans pouvoir peser sur les Cahiers des Charges.

Partager ses pratiques, mettre en avant ses choix de longueur et patience de l’élevage, ses assemblages,les numéros de lots, le nombre de bouteilles élaborées dans la cuvée, les maturités physiologiques, le type de vendange (manuelles ou mécaniques) les particularités des cépages pourrait constituer une information supplémentaire pour les amateurs de rosés de gastronomie. Les vignerons champenois excellent en contre-étiquette sur cette transparence, leur permettant de s’éloigner du négoce anonyme et de se rapprocher de l’amterur éclairé.

  • « 7 cépages pour adapter le vignoble provençal à la sécheresse » – Vitisphère
  • « Léclat du blanc dans les rosés » – La Vigne Juillet 2021.
  • La Provence teste 127 cépages résistants pour produire les vins rosés du futur – Vitisphère le 16 juillet2021.